
La fin de la peur
Extrait d'une lettre à Lucilius (5)
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( ) [7] Sed ut hujus quoque diei lucellum tecum communicem, apud Hecatonem nostrum inveni cupiditatum finem etiam ad timoris remedia proficere. « Desine, inquit, timere, si sperare disineris. » Dices : « Quomodo ista tam diversa pariter eunt ? » Ita est, mihi Lucili : cum videantur dissedere, conjuncta sunt. Quemadmodum eadem catera et custodiam et militem copulat, sic ista, quæ tam dissimilia sunt, pariter incedunt : spem metus sequitur. [8] Nec miror ista sic ire ; utrumque pendentis animi est, utrumque futuri expectatione solliciti. Maxima autem utriusque causa est, quod non ad præsentia aptamur, sed cogitationes in longinqua præmittimus. Itaque providentia, maximum bonum condicionis humanæ, in malum versa est. [9] Feræ pericula, quæ vident, fugiunt ; cum effugere securæ sunt. Nos et venturo torquemur et præterito. Multa bona nostra novis nocent : timoris enim tormentum memoria reducit, providentia anticipat. Nemo tantum præsentibus miser est. Vale. |
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) [7] Mais pour partager avec toi le fruit de cette journée, je dirai que j'ai découvert auprès de Hécaton, un des nôtres, que l'extinction des désirs est par surcroît le remède à la peur. « Tu cesses de craindre quand tu as cessé d'espérer. » Tu diras : « Comment peut-on associer ces sentiments si différents ? » Mais il en est bien ainsi, mon cher Lucilius ! Ils semblent séparés, mais ils sont unis. Tout comme une même chaîne unit le gardien et son prisonnier, ces états d'âme si dissemblables se présentent ensemble. La peur est entraînée par l'espérance. [8] Cela ne me surprend guère : les deux relèvent d'un cur mal établi en lui-même et sont agités par l'attente du futur. Mais la cause principale de ces deux affections est que nous ne nous attachons pas à ce qui est là maintenant et que nous envoyons nos pensées dans le lointain. Voilà comment la prévoyance, un souverain bien de la condition humaine, s'est tournée en mal. [9] Les bêtes sauvages fuient un danger quand elles le voient et, une fois hors de danger, elles sont tranquilles. Nous, nous sommes tourmentés tant par le passé que par l'avenir. Un grand nombre de nos richesses nous font du mal : la mémoire ramène le tourment de la peur, alors que la prévoyance l'anticipe. Personne n'est misérable en demeurant dans le seul moment présent. Porte-toi bien. |
Remerciements à Séverine Lerozier pour m'avoir transmis le texte latin ainsi qu'une traduction que j'ai adaptée.