MÉDITER CEST REGARDER POUR LA PREMIÈRE FOIS
par
Jean Bouchart d'Orval
Article publié en 2003 dans le numéro 67 (« Méditation et prière ») de la revue 3e Millénaire
Vous avez déjà enseigné la méditation, mais il semble que depuis quelques années vous en parlez différemment. Quest-ce que méditer pour vous ? Quel genre de méditation recommandez-vous ?
Si vous pratiquez la méditation pour arriver quelque part, pour engranger des profits, pour devenir quelque chose, pour vous libérer ou pour devenir un être réalisé, alors que faites-vous de vraiment différent de la plupart des êtres humains qui calculent et sinquiètent sans répit ? Par contre, si vous vous donnez à des instants libres de ce genre darrivisme et de petitesse et de tels moment surgissent chaque jour, il suffit dêtre attentif alors vous sortez de lhabitude. Lacte que nentrave aucun but est pure puissance. La méditation désencombrée de toute direction volontaire est pur éclat.
Comme vous le dites, à une certaine époque il mest arrivé de dispenser des « cours de méditation ». Cette formulation malheureuse a peut-être laissé croire quil y a des instructions spéciales, quelque chose à faire, à apprendre, à mémoriser et à emporter chez soi pour le ressortir plus tard, quand on éprouve de la difficulté à faire face à sa vie. Non. Il ny a pas de système, il ny a pas de truc. Vous posez la question dun « genre » de méditation. Or, tant que la méditation a un genre, cela demeure une activité mondaine. Il n'est donc pas question de méditation bouddhiste, de méditation zen, de méditation dynamique, de méditation soufie etc. Tout cela cest de la poudre aux yeux, cest du spectacle ; ne vous laissez pas impressionner par les images, par le décorum et les réputations que se sont laborieusement forgées les gurus à la mode, les gérants dashrams et les directeurs décoles de méditation, quils soient occidentaux ou orientaux. Voyez, même les chrétiens tentent désespérément de récupérer ce mot populaire depuis quelques décennies : après deux mille ans de bavardage inutile et la condamnation de la méditation par le pape actuel, il y a maintenant une méditation chrétienne
La question dun « genre de méditation » est très liée à celle d'une autorité spirituelle et de toutes les bêtises qui viennent avec cela. Jai personnellement été témoin du désolant spectacle dêtres humains captifs dun système de méditation et dune idéologie de libération personnelle ; jai vu des gens à première vue très brillants être complètement subjugués par la pensée dun malheureux « être réalisé » affligé du besoin compulsif dêtre approuvé et admiré. Je les ai vus adhérer à une doctrine et suivre la ligne du « parti » avec le même aveuglement que les Jésuites ou les gardes rouges chinois du temps de Mao. Il faut avoir vu les romantiques adeptes de tels groupuscules sectaires sagglutiner pendant des années dans des lieux exotiques pour se concentrer. Il faut avoir vu tous ces gens se retirer dans ces camps de concentration et même souvent se mettre des bouchons dans les oreilles pour « méditer », afin de ne pas entendre la rumeur du monde, qui nest rien d'autre que la rumeur de Dieu. Je puis témoigner que vingt, trente ans plus tard, ces dormeurs posent toujours les mêmes questions et reçoivent toujours les mêmes réponses formulées de la même manière et avec les même mots. Derrière les barbelés psychologiques dressés par leur guru autour du camp, les croyants se sentent toujours aussi frileux devant la vie et ses grands espaces ouverts.
Je remercie les dieux de mavoir mis en contact avec cette caricature, où le maître est incapable dentendre la moindre critique ou suggestion dune autre approche et où les disciples se sentent immédiatement menacés à la suggestion dun autre système ou, suprême horreur, de labsence de système. Ce fut pour moi une grande leçon : jai vu comment naissent les sectes toutes les sectes, dont la plus grosse est lÉglise catholique , les systèmes, les encadrements et les structures. Jétais assis aux premières loges.
Mettre lourdement laccent sur une quelconque technique et sur une idéologie pour se libérer, cest une stratégie pour ne plus ressentir sa vie telle quelle est. Ce réflexe pathologique face à la peur et à la souffrance (qui nest rien dautre quavoir des problèmes avec la réalité) est, bien sûr, un ajournement. Cet ajournement peut être nécessaire, quand notre trajectoire passée dans lespace-temps ne nous laisse pas le choix, mais ça nen demeure pas moins un ajournement.
De grâce, soyez un peu sérieux ! Si vous avez la capacité dentendre cela, alors vous nen serez plus réduit à aller faire la queue pendant des heures pour recevoir laccolade dune figure exotique qui flatte les images romantiques populaires. Vous ne ressentirez plus le besoin de ce genre de pitreries. Vous serez libre de cette frilosité quest la religion sous quelque forme que ce soit. Les religions, les idéologies, les groupes hiérarchisés, avec leurs leaders, leur autorité, leurs dogmes, leurs promesses, leurs techniques et leurs programmes pour vous éviter de ressentir la misère de ce que vous avez échafaudé dans votre vie, sont des calamités dont vous pouvez très bien vous passer tout de suite, sans autre simagrée. Dans tous les groupes religieux, autour de toutes les autorités spirituelles, on retrouve invariablement les mêmes promesses de mieux-être pour plus tard. Vous devez accepter de penser et de vivre de telle manière, de pratiquer tel rituel ou telle méditation, de marmonner tel mantra, toutes choses qui vous insensibilisent et vous rendent stupide maintenant dans le but de vous libérer plus tard. Croyez-vous vraiment que toutes ces singeries peuvent vous être de quelque utilité pour voir clair et vous comprendre ? Je ne dis pas quil ne faut pas se sentir en résonance avec un courant spirituel quand une évidence se présente, mais sidentifier à un groupe, vouloir faire carrière dans le bouddhisme ou le christianisme, cest un symptôme de peur ou dennui. Vous seriez mieux de ressentir votre peur ou lennui de votre vie et dy voir clair, au lieu daller vous cacher et grelotter en groupe derrière une doctrine de libération future.
Quand vous pratiquez une technique, vous répétez toujours la même chose, vous essayez de revivre la même situation afin dexorciser tout ce qui remet en question votre savoir sur le monde et sur vous-même. Cest complètement mécanique. Comment pouvez-vous espérer quun monceau de conditionnements vous mène un jour à la liberté ? Cest cela la grande illusion de ce genre de pratiques spirituelles, dont la principale utilité est de faire rouler les affaires de ceux qui veulent vous sauver à tout prix, de ceux qui veulent vous libérer sans que vous ayez à être présent dans votre vie, bref, tous ceux qui se veulent indispensables dans votre vie. On peut comprendre la pratique de techniques en vue dacquérir une habileté professionnelle, pour apprendre la clarinette ou la boxe, mais pour vivre la liberté
Quy a-t-il donc derrière cette névrose très ancrée qui consiste à sen remettre à une technique, à un autre être humain, à une façon de penser ou à une nouvelle drogue ? La peur ! La peur de sentir quen fin de compte on nest absolument rien, du moins rien de tout ce quon a pu imaginer, y compris les images infantiles quon se crée sur « Dieu » ou sur « le Soi ». Ce nest pas un blâme à lendroit de ceux qui croient quune technique ou un guru va les dispenser de se voir et de se comprendre : lêtre humain en est réduit à de telles âneries parce quil na pas le choix, parce quil na pas la force et lhumilité dêtre simple, direct et honnête avec lui-même. Ainsi, vous ne pouvez demander à un enfant de trois ans de comprendre ce quun adulte peut comprendre. Il ny a rien à imposer à qui que ce soit. Il ny a aucun jugement ici, simplement une constatation. Par contre, si vous avez lhumilité dentendre cela sans peur, sans retourner dormir devant un « éveillé », dans un groupe ou derrière une idéologie, alors vous allez peut-être découvrir vous-même que tout est beaucoup plus simple et infiniment plus beau que ce que votre mémoire vous inflige.
La méditation na vraiment rien à voir avec une technique. Méditer cest regarder pour la première fois, alors que pratiquer une technique consiste à répéter pour la nième fois. Se concentrer cest se couper de la vie, c'est un manque de respect envers ce qui est là. Quest-ce donc que vous ne voulez pas voir dans votre vie au juste et pourquoi ? Il n'y a pas à se concentrer ; il ny a quà écouter, regarder.
Méditer ce nest ni fuir les objets ni aller à la pêche pour en attraper ; ce sont là les deux facettes d'un même manque de maturité. Tout ce quon attend, tout ce quon espère, tout ce quon peut comprendre, ce sont des objets, cest-à-dire quelque chose quun observateur particulier découpe de toutes parts par rapport aux autres « objets » et par rapport à l'arrière-plan silencieux. Si vous allez à la chasse ou à la pêche au fond des bois, vous risquez de tuer un animal ou un poisson qui, comme vous, ne demande quà vivre. Ce nest certes pas là une marque de grande sensibilité, mais quand vous partez chaque jour à la pêche intérieure pour attraper quelque chose de substantiel, vous faites preuve dune insensibilité encore plus fondamentale : vous nallez peut-être pas tuer un animal, mais vous allez tuer, ou du moins ensevelir, ce qui en vous est vivant. Au bout de quelques années, vous irez grossir les rangs des vieux croûtons qui errent à la surface de la soupe prétendument spirituelle de cette planète. Chercher à distinguer un objet, chercher à comprendre, chercher un état de conscience, vouloir transcender le monde, devenir un être réalisé, tout cela reflète un manque de clarté et cest encore un compromis.
Mais alors le mot méditer a-t-il un sens pour vous ?
La méditation cest le respect total de ce qui est là, le respect de la vie telle quelle est. Cest le respect de ce que jappelle ma vie, avec mon corps et mon psychisme tels quils sont. Cest la non-violence parfaite. Cela veut dire que vous ne faites plus dans lailleurs ou dans le plus tard. Vous ne pensez plus à votre vie, vous la vivez clairement, directement.
Vous savez ce que veut dire vivre ? Cela veut dire être présent : sentir, ressentir, goûter, regarder, écouter. Ce nest pas anesthésier cette sensibilité en vivant dans un monde abstrait tissé de notions engluées de mots. Quand vous voyez un arbre, un cerf, un homme, vous vous donnez vraiment à la vision et aussi à ce que vous sentez en vous, vous vous abandonnez au toucher intérieur. Vous nêtes pas en train dévaluer lâge de larbre, si cest un beau cerf ou un homme sympathique. Bien sûr, toutes ces notions peuvent vous venir vous ne choisissez pas ! mais vous ne mettez pas laccent sur elles. Vous êtes beaucoup trop occupé à ressentir, à toucher, à goûter, pour avoir le temps de courir après des concepts ou des opinions. Cest un manque de temps Généralement, quand on perçoit un objet, un visage ou une énergie, que fait-on immédiatement ? On se détourne de la réalité pour se tourner vers les images proposées par la mémoire. Cest cela vivre de manière abstraite, complexe, virtuelle. La vie est très simple, sauf quand on la regarde à travers le brouillard de la mémoire.
Observez bien ! Notez ce que vous échafaudez par-dessus la perception du moindre objet physique ou mental. Voyez ce que vous construisez encore qui étouffe et ensevelit le regard. Au moment même où vous plongez la main nue dans la neige, il ny a rien à penser, à juger, à analyser ni à classifier. Au moment même où vous ressentez la tristesse, la colère ou la peur, il n'y a pas davantage à penser ou à « comprendre ». À un moment donné, il vous apparaît étrange de rechercher autre chose que ce qui est là, autre chose que ce qui est offert par la vie. Vraiment, cela paraît très étrange.
Voyez les enfants tant ceux des êtres humains que ceux des animaux , voyez comme ils ne sont que regard, écoute, sensibilité, attention. C'est universel, c'est inné ; voilà notre vraie nature. Ny a-t-il pas là un signe très clair ? Cest avec laccumulation des impressions mentales laissées par les innombrables expériences passées que nous nous mettons à vivre dans lhabitude. Avec le temps nous en venons à accepter lidée que ce nest pas la première fois, la seule fois, que nous ouvrons les yeux sur le monde. La notion dobjet va alors de soi et il ne nous vient plus de douter de la réalité de nos images. Notre cerveau, très tôt dans notre vie, a échafaudé une image du « monde » à partir des impressions des cinq sens. Nous sommes dès lors convaincus de la solidité des choses « là-bas » et dun moi « ici ». Le cerveau a construit les notions même de « là-bas » et « ici ». Mais si vous absorbez des substances hallucinogènes, alors vous voyez différemment et avec la même conviction. Est-il vraiment nécessaire de se livrer aux drogues pour voir laspect fallacieux de nos fragiles images du monde ? Il suffit dêtre attentif ! Pendant combien de temps allons-nous rêver et remplacer une image par une autre image ?
La vie méditative, cest la maturité du regard, dans lequel ny a plus lhabituelle ruée bovine sur des objets. Cest une persistance du regard. Cest par impatience que nous nous jetons sur des objets et sur des situations. Limpatience c'est la peur et cette peur repose uniquement sur une pensée. Méditer c'est persister avec ce qui est là. Cela implique donc le refus des images. Non pas les combattre, non pas chercher à les détruire quy a-t-il à combattre ? Non. Cela consiste à refuser de se contenter du pâle reflet de la réalité quest limage de soi-même. Quand vous demeurez avec « ce qui est là », à un moment donné cette attention devient silence, étonnement, ravissement, tranquillité. La brume des images se dissipe et il reste une lucidité dans laquelle il n'y a plus ni objet ni sujet. Méditer cest vivre sans se localiser. Il ny a que pur regard, pure attention.
Vous vivez dans le marasme simplement par manque de conviction dêtre pur regard, pure lumière consciente. Conviction veut dire évidence directe, non pas conclusion intellectuelle. Les intellectuels vivent dans la même peur que les autres, à cause de la même déficience de conviction. Sans une telle évidence directe, la vie sur terre nest quune interminable errance pour tenter déteindre la soif dexpériences et de compréhension. Tant que vous ne demeurez pas présent à ce qui est là dans votre vie, clairement, simplement, vous ne pouvez éclairer vos constructions mentales et réaliser tout ce quelles ont de virtuel. La réalité est sans cesse en train de souffler sur le château de cartes de vos fabrications. Mais tant que vous fuyez de situation en situation, de pensée en pensée, vous êtes comme limpatient qui pénètre dans une pièce sombre en provenance de lextérieur en hiver : tout ébloui par léclat du soleil sur la neige, ne distinguant rien pendant les premiers instant, il se retire de cette pièce, retourne dehors, puis entre à nouveau dans une autre pièce, puis une autre, sans avoir jamais rien vu. Ainsi affligé, vous avez vite fait le tour de votre maison et vous vous sentez toujours aussi vide. Notre regard a besoin d'une certaine persistance pour distinguer. Alors, ce que jappelle méditation cest cette persistance du regard, cette insistance de lattention, sans but, sans projection de ce quon pourrait voir. Dailleurs, il ny a rien à voir ! Au cur dune telle attention, il ne subsiste bientôt plus que la pure lumière consciente, qui est la vie elle-même.
Vous parlez du regard qui sexerce. Cela ne ressemble-t-il pas à une pratique ?
Il ny a pas déléments techniques à maîtriser ici. Qui peut vous enseigner le regard ? Il existe beaucoup de « techniques de méditations » sur le marché, mais il sagit là dun artifice de marketing. On peut bien créer un espace méditatif, mais ce quil y aurait à dire sur une technique méditative tiendrait en très peu de mots. Cela dit, il est vrai que le regard sexerce et devient plus compétent quand on se donne à des moments de silence sans but. Cest cela qui permet de demeurer présent quand souffle le vent de la vie sur vos plans et sur vos certitudes. Mais ce nest pas quelque chose à pratiquer dans le but dêtre présent plus tard. Ce nest rien à mémoriser, à thésauriser. Cela vient comme une conséquence naturelle, non comme un objectif à atteindre. Dès que vous êtes tourné vers un autre moment, vous rêvez, vous dormez.
Par exemple, quand vous avez complété les tâches de la journée, vous êtes assis et vous demeurez là. Vous nallez pas voir ailleurs, vous ne chercher pas ce qui pourrait vous désennuyer à la télé, vous ne cherchez pas dans votre carnet le numéro de téléphone d'un ami qui pourrait être votre clown de service ce soir-là. Vous regardez ce qui est là, vous ressentez votre corps, sans rien essayer. En méditation vous nêtes tenu à rien, surtout pas de « méditer » ! Demeurez simple. Il ny a rien à suivre, rien à refuser. Laisser venir, laissez aller. Vous assistez à ce qui est là, y compris à ce que votre mémoire nomme « rien ». « Rien » est un autre concept. Il ny a jamais « rien » : vous êtes toujours là en tant que pur regard. Mais nessayez pas de voir ce « pur regard » ! Vous réalisez que vous êtes perdus dans vos pensées ? Et alors ? Vous assistez à cela, sans plus. Depuis toujours vous ne faites quassister aux modalités de ce que vous appelez votre vie. Vous allez bientôt voir que tout est vide de substance, quil ny a pas de choses séparées du regard, vraiment.
Et quelle place faites-vous à la prière ?
Prier, dans le sens où on emploie ce mot la plupart du temps, ça na pas grand sens. Ce que veulent dire la plupart des gens par prier cest demander, supplier « Dieu » dintervenir dans leur petite vie misérable. Mais même ce genre de prière est au moins le signe dun début dhumilité. Quand leurs stratégies habituelles ne semblent plus rapporter de dividendes, les superbes et les arrogants se mettent à la prière. Quand les Nazis ont envahi lUnion soviétique, à lété de 1941, et que tout semblait perdu, même Staline a fait rouvrir les églises
Pour la plupart des gens prier est un réflexe : ils grelottent quand ils ont froid, ils toussent quand leur gorge est chatouillée et ils prient quand ils ont peur et ne comprennent plus rien. Ce réflexe est encore une stratégie qui pointe en direction d'un quelconque soi-même : cest une activité mondaine et vulgaire. Je veux bien que, sur un mode poétique, on sadresse à une divinité, ou même que, sur ce même mode, on demande parfois quelque chose pour sa vie personnelle, mais alors cette demande ne devrait pas être formulée à partir de la conviction dêtre une entité séparée. Bien sûr, la littérature sacrée est constellée de prières qui ressemblent à des demandes, même à des implorations. Mais cest toujours sur un mode poétique.
Vous pouvez très bien demander, mais alors de la même manière que vous demandez le sommeil quand vous allez vous mettre au lit. Vous ne pouvez pas le provoquer. Bien sûr, si vous ne vous étendez pas, vous nallez pas dormir non plus. Alors vous allez interroger le dieu du sommeil. Vous allez vous étendre pour suggérer le sommeil, vous allez voir s'il est là. Le reste nest pas entre vos mains en tant que personne. Autrement dit, votre corps et votre psychisme sont les dociles instruments du dieu. Vous nêtes pas là en tant que personne qui exige de dormir. Dailleurs regardez ce qui arrive quand vous vous étendez avec lidée que vous devez dormir à tout prix, que vous voulez dormir
Prier pourrait être cela : être consciemment linstrument de la vie. Vous pouvez alors interroger pour voir si votre foie ne pourrait pas se désencombrer de certaines énergies, pour voir si votre nerf sciatique ne pourrait pas se décoincer, pour voir si votre ami ne pourrait pas voir sa vie séclaircir ; des choses comme cela. Mais vous le faites toujours en souhaitant quil arrive ce qui doit arriver. Cest le sens de la prière de Jésus, dans le Jardin des oliviers, qui demande : « Père, sil est possible, que cette coupe passe loin de moi. Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux ». En réalité, cest le Père qui fait tout, qui est tout. Le Père, en tant que Jésus, ne doute pas de cela et peut donc « demander » sans se fourvoyer comme le font les autres êtres humains. De là la puissance de ses « demandes ». Cest bien ainsi que les malades étaient guéris en sa présence.
Alors, quand vous priez, vous nintervenez pas en tant que cette image pour laquelle vous vous êtes pris depuis si longtemps ; vous nêtes simplement pas là. Quand vous priez ainsi, vous ne manquez plus de respect envers Dieu en estimant quil puisse y avoir autre chose que Lui.
Nous pourrions peut-être terminer par la prière de Maître Eckhart : « Et maintenant, que Dieu nous aide à gagner cette lumière éternelle ! »